C'est au Québec une période d'effervescence en danse contemporaine : on assiste à la naissance de Tangente et plusieurs jeunes chorégraphes quittent les compagnies établies pour créer leurs propres véhicules de création, nommément Jean-Pierre Perreault, Ginette Laurin, Edouard Lock, Paul-André Fortier et Marie Chouinard. Daniel Soulières quant à lui gère l'organisme Qui Danse de 1979 à 1982. En 1980, en compagnie de Monique Giard (les productions Giard - Soulières) il présente Treize chorégraphes pour deux danseurs, spectacle qui a un effet déterminant sur les deux interprètes. C'est dans ce contexte que Daniel Soulières fonde en 1982 Danse-Cité, une compagnie de danse au profil unique, une tribune libre, sans chorégraphe ni danseur attitrés, ouverte à l'expérimentation et aux projets novateurs, entièrement dédiée à la création montréalaise.
Dès 1983, Daniel Soulières tient à présenter les spectacles de Danse-Cité sur une période de deux semaines. Du jamais vu à cette époque en danse contemporaine québécoise ! Fort de l'expérience de Treize chorégraphes pour deux danseurs qui tient l'affiche plus d'un mois, il sait l'importance de cette durée minimale de présentation pour le développement des artistes et le renforcement de leur pratique.
De 1983 à 1986, sous les appellations Most Modern et les événements de la pleine lune, Danse-Cité fait place à la relève de l'époque : Louise Bédard, Ginette Laurin, Daniel Soulières, Monique Giard et bien d'autres, qui sont tour à tour interprètes et chorégraphes et présentent leurs spectacles en compagnie des compositeurs et musiciens Jean Derome, Pierre Cartier, René Lussier, etc. En 1983, Danse-Cité offre « carte blanche » au chorégraphe Jean-Pierre Perreault, qui signe un canevas d'improvisation intitulé Joe et Rodolphe pour 14 danseurs et 4 musiciens.
Le premier Volet Chorégraphe en 1986, en jumelant deux chorégraphes (Catherine Tardif et Daniel Soulières) se démarquent par une diffusion au Café de la Danse à Paris. De 1986 à 1990, les soirées partagées nous révèlent les recrues du temps que sont, entre autres, Sylvain Émard, Danièle Desnoyers, Hélène Blackburn, Andrew Harwood, William Douglas en compagnie du jeune danseur José Navas dont ce fut les premiers pas montréalais.
1990, année de changements : deux nouvelles formules apparaissent, la formule Intégrale, soirée complète consacrée au chorégraphe Sylvain Émard et la première formule Interprètes.
Attentif aux besoins des artistes, enclin à susciter sans cesse de nouveaux défis, Daniel Soulières innove en renversant les façons de faire établies avec la formule Interprètes dans laquelle un interprète se voit offrir la responsabilité des orientations artistiques de son projet. De l'inédit ! C'est aussi l'année où Danièle Desnoyers s'impose en Europe avec une longue tournée de la pièce Mirador mi-clos, conçue à Danse-Cité. En 1992, Ginette Boutin utilise le volet Œuvre d'alors et danse une rétrospective des œuvres, passées et récentes, de Françoise Sullivan.
Une nouvelle génération de chorégraphes remplace la première vague de la dernière décennie, il s'agit maintenant des Irèni Stamou, Isabelle Van Grimde, Jane Mappin, Andrea Davidson, Harold Rhéaume et Roger Sinha. La formule Intégrale dédiée à José Navas, en 1997, fait salle comble pendant deux semaines. José Navas aura donc participé à toutes les formules de Danse-Cité avant de s'inscrire comme un incontournable de la danse québécoise.
Durant cette période également, Danse-Cité maintient, avec le Most Modern, son soutien aux jeunes interprètes et chorégraphes de l'époque tels que Michèle Rioux, Yves Saint-Pierre, Maya Ostrofski, Isabelle Poirier, Annie Roy, Parise Mongrain, Marie-Claude Poulin, Rachel Harris, etc.
Fait intéressant à noter : de 1990 à nos jours, les chorégraphes majeurs de la danse québécoise ont été programmés à Danse-Cité par le biais des formule Interprètes. Ainsi, Jean-Pierre Perreault, James Kudelka, Paul-André Fortier, Jeanne Renaud, Marie Chouinard, Ginette Laurin, puis Sylvain Émard, Lynda Gaudreau, Louise Bédard, Danièle Desnoyers, Hélène Blackburn et José Navas se mesurent aux talents des interprètes Marc Boivin, Lucie Boissinot, Giocconda Barbuto, Daniel Soulières, Jacqueline Lemieux, Manon Levac, Sylvain Lafortune, Andrea Boardman, Sophie Corriveau, Catherine Tardif, Benoit Lachambre, Annick Hamel, Ken Roy et Liza Kovacs.
La compagnie s'affirme et évolue au fil des ans. En 1991, elle devient locataire et compagnie de danse résidente de l'Agora de la danse. Elle contribue au démarrage ainsi qu'à la renommée de cette première salle montréalaise dévolue entièrement à la danse contemporaine. Danse-Cité occupe les lieux jusqu'en 2001. Durant cette période, Danse-Cité consolide sa structure : un personnel permanent est recruté pour encadrer les projets des artistes en proposant à ces derniers un soutien artistique, administratif, de production et de communication. Plus que jamais l'audace et les défis sont au rendez-vous. Daniel Soulières favorise les rencontres entre les différentes écritures chorégraphiques tout aussi bien que l'intégration d'autres formes d'art.
Ainsi les metteurs en scène et comédiens Martin Faucher, Claude Poissant, Gregory Hlady, Brigitte Haentjens, Wajdi Mouawad, Julien Poulin, Éric Bernier et Hélène Loiselle viennent se mesurer à la danse.
Le classique et le contemporain se côtoient lorsque cinq danseurs des Grands Ballets canadiens dont Andrea Boardman, Louis Robitaille et Anik Bisonnette se joignent à Daniel Soulières pour une soirée de courtes pièces en danse contemporaine.
Une nouvelle ère de collaborations débute avec des échanges artistiques avec l'Europe. En 1998, la chorégraphe berlinoise Sasha Waltz crée un duo pour Benoît Lachambre. L'année suivante, le public participe au déstabilisant HAUTNAH de l'Allemand Felix Ruckert, avec ses dix solos, chacun dansé pour un spectateur à la fois.
Les réalisations vidéo accroissent la durée de vie des œuvres. Des capsules conçues à partir du matériel chorégraphique de certains projets sont destinées à la chaîne de télévision Bravo. C'est le cas du Projet Roy qui remportait, en 2002, le prix de la meilleure interprétation au Moving Pictures Festival of Danse on Film and Video de Toronto, du Projet Kovacs et du Projet Clareton.
Soucieuse de mieux communiquer la danse contemporaine, la compagnie ajoute au calendrier des productions des activités de sensibilisation à cette forme d'art.
Dès 1996, Danse-Cité offre au public un lieu d'échange avec les artistes, par les répétitions publiques et les jeudis-causeries. Les projets Anatomie d'une création et Création en direct, quant à eux, démystifient la création et rend le public témoin de cet acte privilégié. L'installation vidéo Rencontres Inusitées est un outil tout indiqué pour rejoindre un large public et les initier à la pratique de la danse. Réalisée à partir d'entrevues avec des interprètes qui s'expriment sur leur métier, oeuvre à la fois hommage et témoignage, le public réalise la dure réalité de ces artistes et toute la passion qui les anime.
Le temps passe, les nouveaux visages d'antan deviennent les « maîtres » d'aujourd'hui. Danse-Cité s'inscrit comme joueur important à l'intérieur de ce cycle sans fin. La compagnie agit à titre de catalyseur : elle dépiste les nouveaux talents et les propulse sur la scène montréalaise. Les recrues des années 1980 possèdent dorénavant leur compagnie soutenue pour la plupart au fonctionnement. Il en va de même pour certains de ceux présentés en 1990. Du côté des interprètes, le directeur artistique les invite à lancer des défis à la mesure de leur vaste potentiel.
Pendant cette période, une troisième génération succède aux vagues précédentes. Il s'agit des Holy Body Tatoo, Pressault, Clareton, Porte, Lemieux, Jouthe, etc.
Lors de leurs formule Interprètes respectives, Sarah Williams et Carole Courtois transfigurent, chacune à leur manière, le lieu de représentation, bousculent les conventions et font vivre des instants de purs délices. Social Studies, une soirée consacrée aux interprètes vancouverois Susan Elliott, Ziyian Kwan et Jonh Ottmann, est dansée à Montréal puis reprise à Vancouver.
De tout temps à Danse-Cité, les jeunes interprètes côtoient des artistes matures. L'intégration de la relève dans les productions s'affirme, plus particulièrement avec le spectacle Célébration présenté lors du vingtième anniversaire de Danse-Cité (2002). Ce projet allie passé et futur par la reprise d'œuvres puisées à même le répertoire des formules consacrées aux interprètes et dansées ici par la relève. Les chorégraphies sont enseignées aux plus jeunes par les interprètes qui les ont créées. Le résultat est impressionnant et confirme la nécessité de la passation du savoir d'une génération à l'autre. En 2003, Danse-Cité récidive avec Célébration 2 et invite 6 jeunes danseurs et 4 jeunes musiciens à improviser à la manière des événements de la pleine lune, sous la gouverne de Jean Derome, Louise Bédard et Daniel Soulières, les instigateurs à l'origine de ces rencontres danse et musique.
Pour souligner l'excellence de sa 20e saison et son apport important au milieu de la danse, Danse-Cité est mis en nomination en 2002 pour un prix de reconnaissance du Conseil des arts de Montréal.
En 2003, Danse-Cité se dote d'une nouvelle signature : La trace des créateurs, qui donne lieu à trois volets distintcs : Traces-interprètes, Traces-chorégraphes et Traces-hors-sentiers.
Autrefois formule Interprètes, la Traces-interprètes conserve le même mandat, c'est-à-dire de placer le danseur au cœur même de l'orientation artistique d'un projet. Traces-chorégraphes poursuit l'objectif du Volet Chorégraphe en consacrant une soirée entière à un chorégraphe. Finalement, désireux de créer des rencontres entre la danse et les différentes disciplines artistiques, Danse-Cité imagine Traces-hors-sentiers. Ce volet offre carte blanche à des artistes œuvrant en périphérie de la danse (compositeurs, scénographes, artistes visuels, etc.). Ces artistes ne sont pas appelés à composer pour la danse en tant que collaborateurs associés à un chorégraphe, mais bel et bien chargés de concevoir et de diriger eux-mêmes une œuvre chorégraphique.
En 2004, Danse-Cité invite des créateurs de France (Martin Chaput et Martial Chazallon) à réaliser avec quatre interprètes montréalais, l'un des quatre volets d'un projet in situ qui a aussi vu le jour à Mexico, Marseille et Maputo. La chorégraphe Catherine Tardif poursuit ses collaborations avec Danse-Cité. Elle crée Et Marianne et Simon en 2001, Le Show Western en 2004 et Le Show Triste en 2006. Toujours en 2006, Danse-Cité part en Belgique avec le spectacle L'Éducation physique de la chorégraphe Manon Oligny, qui est présenté au théâtre de la Balsamine dans le cadre du festival Danse Balsa Marni Raffinerie.
En 2007, Danse-Cité fête ses 25 ans d'existence en présentant entre autres deux spectacles importants de son répertoire : TREIZE LUNES, une nouvelle mouture des événements de la pleine lune pour dix musiciens et dix danseurs également en tournée montréalaise avec 9 Maisons de la Culture et Projet Roy, une reprise de créations mettant à l'honneur le danseur Ken Roy.
Fière de son passé et de ses réalisations, Danse-Cité se tourne avec assurance vers le futur. Le bassin des jeunes chorégraphes et interprètes ne cesse de s'accroître, révélant des artistes de haut calibre, avec lesquels la compagnie souhaite vivre et faire partager au public de nouvelles aventures de création. Des défis à relever avec enthousiasme !