Reporters audacieux 2020-21

LE BATTEMENT DES ÉMOIS

L'expérience de l'effet papillon sur scène 

Critique par Anna-Maude Lamontagne sur le spectacle Papillon d’Helen Simard, 14 novembre 2020

En feuilletant mes notes recueillies ici et là, je redécouvre une parole de l'artiste Carol Prieur, dite dans le cadre d'une entrevue avec Morgane Le Tiec pour le podcast sur la danse L'envers des corps :  

« La créativité, c'est de continuer à être connecté.e à soi-même à travers les moments de changement. »

Et cette phrase, venue à mes oreilles comme une révélation radieuse sur le processus créatif, se déroule maintenant devant mes yeux comme un véritable tapis rouge vers l'appréciation de l'œuvre Papillon.

Helen Simard réalise ce spectacle, avec la collaboration de trois musiciens - Rémy Saminadin, Roger White, Ted Yates - et trois danseurs.euse.s - Nindy Banks, Mecdy Jean-Pierre et Victoria Mackenzie. Fred Baune coréalise avec elle la webdiffusion.

Je visionne l'évènement via mon écran d'ordinateur, confortablement installée dans un vendredi soir comme je les préfère.

Ma première pensée est pour la notion de profusion. Sur scène, les interprètes sont engagé.e.s et généreux.ses dans leur performance. Les corps des danseur.euse.s sont éloquents, chacun dans une signature stylistique personnelle qui laisse transparaître la profondeur des  recherches. Le travail d'isolation, le floorwork, le flow : je sinue entre les propositions simultanées qui se nourrissent l'une dans l'autre. Et la musique ! Sa valeur expérimentale est d'une richesse qui complimente mon état médusé. Elle est outil à la foison sensorielle. Je suis inspirée, rassasiée… ça y est ! L'énergie me prend et je bouge les poignets, le cou, les épaules. 

J'avais fait mon devoir de spectatrice avertie, c'est-à-dire celui de lire la présentation de la démarche artistique du spectacle avant de le visionner. Le chaos, la compréhension de l'imprévisible, voilà les points d'ancrage de l'invitation Papillon. Au regard de ma première pensée, je remarque que les intentions se rendent bien à moi. Petit bémol : les ruptures manquent. Ma sensibilité est naturellement avide de déstabilisation et surtout dans un contexte voulu désordonné et chaotique. Je sens que certains risques de l'inattendu n'ont pas été pris. 

Au final, le travail d'Helen Simard et son équipe d'artistes fait écho à ce que Carol Prieur dit créativité : don de soi et instabilité. Le résultat fait battre les émois. Déjà, je suis lancée dans des recherches sur les mathématiques derrière la théorie du chaos. 

Anna-Maude le nez dans les mathématiques, vraiment ? 

Alors là, ce n'était pas prévisible du tout.

 

ANNA-MAUDE LAMONTAGNE

Diplômée du programme collégial Arts, lettres et communication option littérature, Anna-Maude cultive son amour pour la langue française à travers la lecture, l’écriture et le tutorat auprès d’élèves en difficulté. Un texte de sa plume lui a valu un pied sur le podium de l’édition 2017-2018 du concours littéraire intercollégial Critères. Formée en danse classique et contemporaine, elle s’intéresse au réseau de sens entre l’écriture littéraire et l’écriture du corps. Sa démarche artistique se trouve à l’intersection des domaines des lettres, de la danse et du théâtre. Anna-Maude saisit l’occasion d’être Reporteuse Audacieuse afin de goûter à l’effervescence de son milieu culturel et transformer en mots ce que capte sa sensibilité artistique.